Partir quand même

J’ai pleuré beaucoup d’amours adolescentes sur cette chanson de Françoise Hardy.

 

Partir quand même a été mon mot d’ordre cette dernière semaine. Depuis jeudi et l’attentat à Beyrouth faisant une quarantaine de morts dans un quartier chiite de la banlieue sud proche du Hezbollah, mon téléphone a vibré, sonné, smsisé, facebookisé. Que fait-on ?

Nous devions partir une semaine plus tard à Beyrouth pour un premier voyage de repérage sur notre nouveau projet du Quatrième Mur à partir du roman éponyme de Sorj Chalandon.

Tous ces messages, je les avais en sortant du spectacle d’Ahmed el Attar au Centre Dramatique National de Gennevilliers et où Ahmed nous disait « la France ne se rend pas compte de la chance qu’elle a avec l’afflux de réfugiés syriens. C’est le peuple le plus éduqué de cette région. C’est une force pour la France. »

Une belle soirée de théâtre curieuse de l’autre et vlan ! Cet attentat mettait en péril notre voyage à Beyrouth. Le fantasme d’un Beyrouth en guerre réapparaissait. Beyrouth que nous avions approché quand nous avions joué quelques années plus tôt Hiroshima mon Amour de M.Duras au théâtre Al Madina.

IMG_0725.jpgUn Beyrouth qui me rappelait le Caire de mon enfance, mes amis libanais d’alors, Sary surtout mais aussi Inji, Joëlle, Nathalie.

L’impression de se sentir chez soi, chez moi.

Alors quand les personnes avec qui je devais partir eurent des craintes de partir, je ne les ai pas comprises. Ou j’ai voulu les rassurer : « Nous n’allons pas maintenant prendre la décision d’annuler. Laissons les jours passer. On verra au dernier moment si vraiment il y a un danger. »

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Il est vrai que quand la carte de l’avion laisse apparaître que notre destination est entre tant de villes en guerre, il est humain d’avoir quelques craintes.

Ce n’est pas facile d’appréhender un attentat quand nous ne sommes pas directement touchés ou si le territoire visé n’est pas connu. Notre émotion est dictée par les films, par les médias que nous avons vu. Comment chacun ressentons-nous le danger, comment s’inscrit en nous l’état de guerre, de terreur ?

C’est amusant comme le questionnement qui vagabondait en moi faisait écho aux problématiques de notre projet sur le Quatrième Mur.

Et puis il y a eu ce Vendredi 13 Novembre. J’étais à Paris, ou plus exactement à Vitry sur Seine où toute la journée j’avais rencontré des personnes pour préparer la venue de notre dernière création (L’art du théâtre de Pascal Rambert) du 11 au 13 Décembre au Studio Théâtre de Vitry sur Seine. Nous sortions du spectacle de Retour au désert de Koltès (un lapsus, un signe) qui se jouait au Théâtre Jean Vilar. Après la consternation des premiers instants où les téléphones portables se rallumaient montait la crainte de rentrer à Paris pour dormir. Nathalie Huerta, la directrice du Théâtre Jean Vilar, avec qui je devais partir à Beyrouth, voyait avec ces attentats s’éloigner la possibilité de ce voyage. Sa responsabilité l’obligeait à rester à Paris comme Valérie Baran, la directrice du Tarmac.

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Je ne sais plus où j’ai lu Christophe Honoré racontant sa soirée. Il crée en ce moment un spectacle à Paris intitulé la Fin de l’Histoire et où à la fin de son spectacle, ils jouent à mettre une « apocalypse de théâtre ». Il dit : « Les bruits violents envahissent le plateau, les fumées s’installent… cendres, faux sang, lumières vives, explosions… L’artifice a soudain un goût insupportablement obscène, je me sens honteux ».

C’est la raison pour laquelle je pars à Beyrouth.

Ne pas être honteux.

Trouver la bonne distance.

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